La Construction Biotique


Le développement durable dans le bâtiment : l’exemple de la construction biotique
Par Emeline et Jean Marie SQUARATTI, un de nos confrères de la cnamome.

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1/ Rappels sur le Développement Durable

 

 

Le développement durable est, selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement (Commission Brundtland), un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

On parle également en français de « développement soutenable ».  La soutenabilité ou la durabilité est le caractère de ce qui respecte le mieux les principes de développement durable.

Si le principe ainsi défini semble assez clair, le développement durable est concrètement plus difficile à mettre en œuvre. De plus, la communication autour de cette notion est relativement foisonnante (aux niveaux social, économique, alimentaire, transport…) et la rend souvent difficilement intelligible, tant elle recouvre de dimensions. Elle soulève de fait de nombreuses questions, notamment parmi lesquelles :

-  Comment définir les besoins des générations futures ?

-  Une croissance économique forte est-elle compatible avec les besoins de la population actuelle et avec la population de demain ?

-  Peut-on se contenter de mieux gérer les ressources non renouvelables, l’objectif de maintient de la valeur du capital naturel est-il possible (gaspillage de l’eau, production de déchets, gaspillage de l’électricité…) ?

-  etc…

2/ Les grands objectifs du développement durable
Le développement durable est généralement schématisé comme le point de confluence entre trois grandes préoccupations majeures et interdépendantes : l’environnement, le social et l’économique ; également qualifiées de « trois piliers du développement durable ».

- L’économie : il s’agit concrètement de lutter contre la pauvreté, de mettre en place une coopération entre les pays en voie de développement, de favoriser le commerce équitable entre le nord et le Sud… Soit de favoriser une gestion optimale des ressources humaines, naturelles et financières, afin de satisfaire les besoins des sociétés, tout en responsabilisant les consommateurs et les entreprises, par rapport aux biens et services produits et utilisés. Les Etats de leurs côtés sont responsables de l’adoption de politiques dites durables, au niveau national et européen, avec la généralisation de principes pollueur/consommateur payeur, éco-fiscalité, coût environnementaux…

- Le social : un développement soutenable doit passer par une amélioration des conditions de vie (logement décent, accès à l’eau), le respect des droits et des libertés de la personne (statut des femmes, liberté d’expression), la garantie d’un accès pour tous à la santé, à l’éducation, à l’emploi, aux différents processus de prise de décision, une lutte contre la pauvreté et la faim et un renfort des groupes sociaux au travers des associations et Organisation Non Gouvernementales (ONG)… La recherche d’équité entre nations, individus et générations est essentielle, puisqu’elle vise a fortiori l’amélioration des conditions et de la qualité de vie des communautés humaines.

- L’environnement : lutte contre le déboisement, la désertification et la sécheresse, protection de la biodiversité (forêts, montagnes), diminution des rejets polluants dans l’atmosphère, protection des océans, promotion des énergies renouvelables et d’une agriculture respectueuse de l’environnement… sont des exemples de mesures de protection de la qualité de l’environnement, qu’il s’agit d’intégrer dans l’ensemble des actions des communautés humaines, visant le maintien d’une diversité des espèces et des écosystèmes naturels terrestres et aquatiques. Les atteintes à l’environnement se mesurent via des indicateurs de type empreinte écologique (mesure de l’influence humaine directe sur la nature), le changement climatique (augmentation des concentrations atmosphériques de certains gaz par les activités humaines), biodiversité, catastrophes naturelles et industrielles.

Aux trois piliers du développement durable s’ajoute une notion de bonne gouvernance, définie par le Programme des Nations Unies pour le Développement ou PNUD : « La gouvernance peut être considérée comme l’exercice des pouvoirs économique, politique et administratif pour gérer les affaires des pays à tous les niveaux. La bonne gouvernance est participative, transparente et responsable. Elle est aussi efficace et équitable. Elle assure que les priorités politiques, sociales et économiques sont fondées sur un large consensus dans la société et que les voix des plus pauvres et des plus vulnérables sont au cœur  du processus de décision sur l’allocation des ressources pour le développement.  »

Pour résumer, les objectifs du développement durable se partagent entre trois grandes catégories :
• ceux qui sont à traiter à l’échelle de la planète (rapports entre nations, individus, générations)
• ceux qui relèvent des autorités publiques dans chaque grande zone économique (Union Européenne, Amérique Latine, Asie)
• ceux qui relèvent de la responsabilité des entreprises et des citoyens.
Les professionnels du bâtiment possèdent de ce fait un rôle essentiel dans la réussite d’une démarche orientée dans le sens du développement dit durable, aux côtés des ménages.

3/ Le bâtiment et le développement durable
Le secteur du bâtiment réunit autour des mêmes problématiques un grand nombre d’acteurs, tel le maître d’œuvre, maître d’ouvrage, industriels, sociétés de services et organismes institutionnels, qui travaillent ensemble sur un projet commun : la construction et la gestion durable de notre patrimoine.

Ce secteur est la deuxième source d’émissions de CO² en France (120 millions de tonnes de CO² soit 25% des émissions nationales), derrière les transports et le premier consommateur d’énergie avec 46 % de l’énergie consommée en 2004. On impute d’ailleurs une forte responsabilité au chauffage (chauffage et eau chaude sanitaire, ventilation) mais aussi à la généralisation de la climatisation.
La construction d’un bâtiment occasionne des impacts directs et indirects sur l’environnement à tous les niveaux de son cycle de vie : matériaux employés (poussière des cimenteries, pollution de l’eau), transport des produits, construction des bâtiments, fonctionnement/maintenance, déchets en fin de cycle (recyclage coûteux voir impossible, valorisation énergétique).
Le secteur du bâtiment étant un gros producteur de déchets, beaucoup de recherches ont été et sont menées afin de promouvoir l’emploi de matériaux moins « énergivores », tel le remplacement des parpaings par des briques ou le triage des déchets issus des chantiers.

Par ailleurs, l’investissement dans le bâtiment par les ménages représente un poste financier conséquent et il arrive que pour revendre des biens plus facilement, certains donneurs d’ordre oublient des éléments majeurs indispensables à la performance d’un bâtiment : son intégration dans le paysage, son confort, son éco-gestion, son amortissement dans le temps… N’oublions pas que les constructions sont des biens durables, transmissibles ; ce faisant, tout manque de performance suit un ouvrage durant toute sa durée de vie, et il existe des enjeux importants de la construction à l’utilisation. Dans un bâtiment classique, 80% des impacts environnementaux sont dûs à l’utilisation, rendant alors le comportement de l’usager essentiel, alors que dans un bâtiment optimisé (économe), les impacts environnementaux de l’ouvrage  lors de son cycle de vie se partagent entre la production et l’utilisation du produit.
Le maître d’œuvre, présent aux premières phases de la vie du bâtiment, est en charge de la performance du bâtiment et du respect du programme. Les conseils de l’architecte lors de la conception permettent au donneur d’ordre de décider du type de structure employé (bois, brique) et du mode de chauffage (bois, solaire, thermique) à mettre en œuvre. L’architecte s’engage à respecter les règles générales de construction et vise à minimiser l’impact sur l’environnement.
Les ménages sont pour leur part responsables des choix opérés dans leur foyer, suite aux conseils des professionnels : installation d’un circuit de récupération d’eau de pluie, cellules photovoltaïques, panneaux solaires pour le chauffage, toilettes sèches… Et bien entendu de façon plus globale : tri des déchets ménagers, alimentation (agriculture biologique ou agriculture raisonnée), le bénévolat  (ramassage des déchets, appartenance à une association)…

L’habitat est aujourd’hui considéré comme un facteur majeur de santé, et ses conséquences sont bien réelles sur les habitants, autant que sur l’environnement. En effet, le concept de maison « saine », autrefois réduit à des critères d’humidité et de lumière, se complète aujourd’hui d’une utilisation de matériaux et produits polluants. Ces derniers ne sont pas sans occasionner de forts impacts sur les jeunes enfants et fœtus particulièrement sensibles aux produits chimiques.

Conclusion
Afin de tenir les engagements pris par l’Etat français lors du sommet de Kyõto, de la directive européenne sur l’efficacité énergétique des bâtiments, de loi d’orientation sur l’énergie, il conviendra de diviser par quatre ces émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Ces objectifs imposent un engagement dans un programme de construction de bâtiments à basse et très basse énergie, et de vastes rénovations, comme il en a déjà été le cas chez nos voisins européens (danois, allemands, suisses). Trente ans après le premier choc pétrolier, il convient de se rendre à l’étranger pour y découvrir les pistes tracées par les pionniers de l’architecture bioclimatique, ayant permis la réalisation de constructions hautement performantes.

Ouvrages
• Revue Bimestrielle « Les Quatre Saisons  du Jardinage« , Maisons de demain,
  n°160, septembre-octobre 2006

• Claude Aubert / Anne Colletta, « L’Habitat Ecologique« , éditions Terre Vivante,1998

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